Textes sur la psycho

NE PAS CONFONDRE PAPILLONS ET AMOUR

     Toutes et tous, nous aimons ressentir des papillons. Ils nous donnent l’impression d’être tellement vivants. Et nous procurent un tel plaisir! Les émotions et les sensations que nous éprouvons en présence de cet être qui nous a fait tourner la tête sont d’une incroyable intensité. Elles nous habitent complètement. Nous en savourons chaque parcelle avec délice et volupté.

     Lorsque nous ne sommes pas en sa compagnie, nous pensons presque continuellement à cette personne spéciale qui a fait chavirer notre cœur et nous comptons les heures qui nous séparent de notre prochain rendez-vous amoureux. Notre cœur fait trois tours quand nous la revoyons.

     La plupart des gens ressentent ces papillons lorsqu’ils sont nouvellement en amour. Ils sont alors en amour, mais avec l’amour. Avec ce qu’ils ressentent à l’intérieur d’eux. Avec la magnifique image que l’autre leur renvoie d’eux.

     Le sentiment amoureux, le vrai, a besoin de temps pour se développer. Il nécessite de connaître l’autre, tel qu’il est vraiment. Dans cette première étape de la vie amoureuse qu’est la passion, nous nous montrons sous notre meilleur jour et nous ne voyons bien que ce que nous voulons voir. La vision de notre partenaire est alors idéalisée, incomplète. Nous portons notre attention sur nos ressemblances, sur les intérêts que nous avons en commun, sur les qualités que nous découvrons. Nous nions nos différences et taisons les petites choses qui nous dérangent.

     Dans notre empressement de vouloir connaître notre nouveau partenaire, il peut nous arriver de vouloir mettre notre cœur sur la table dès les premières rencontres, de confier, sans retenue, nos blessures profondes, nos expériences malheureuses, nos plus vifs regrets. Nous avons tout intérêt à freiner notre ardeur et à nous rappeler que ce type de dévoilement de soi devrait se faire de façon progressive, une fois que le lien de confiance est établi.

     Aussi intense qu’elle puisse l’être, la passion n’est qu’une étape au sein d’une relation amoureuse. Tôt ou tard, habituellement entre six et dix-huit mois, les papillons tels que nous les avons connus au début de la relation s’envoleront. Plusieurs croiront alors que l’amour s’est aussi envolé. Le fait de confondre papillons et amour amène certaines personnes à mettre un terme à leur relation, à rechercher d’autres papillons au sein d’une nouvelle relation et à répéter ce scénario.

     Même si les papillons finissent par se métamorphoser, cela ne signifie évidemment pas de nous contenter d’une vie amoureuse sans passion. Le défi est de cultiver les papillons au sein de notre couple, de mettre du pétillant dans notre relation et de recréer ces moments où nous cherchons à séduire l’autre, où nous le complimentons, où nous posons de petits gestes attentionnés et affectueux à son égard.

     Il n’est jamais trop tard pour ce faire. Puisque ce n’est pas dans l’inaction que les choses vont changer, identifiez ce que vous êtes disposés à faire dès aujourd’hui pour redonner vie à vos papillons si vous les avez laissés s’envoler.

QUI SUIS-JE?

            Au printemps ou à l’automne de votre vie? Grand 6 pieds chauve ou un peu enveloppé à la chevelure abondante? Maman de trois petites boules d’énergie ou grand-papa de votre premier petit-fils? Vous travaillez 45 heures par semaine ou à temps partiel? Vous demeurez à la campagne ou en plein cœur d’un centre urbain?

            Qui êtes-vous?

            Vous parlez vite, vous marchez vite, vous mangez vite? Ou vous aimez étirer le temps? Vous êtes du type salé ou sucré? Près de vos sous ou porté à succomber à vos tentations? Vous vous levez à l’aurore ou vous êtes un oiseau de nuit? Vous arrivez tout juste à l’heure ou une bonne quinzaine de minutes avant vos rendez-vous? Vous aimez le rouge écarlate ou les nuances de gris? Les cactus ou les fleurs des champs? Vous détestez la soupe aux pois ou les araignées?

            Qui êtes-vous?

            Roger-bontemps ou plutôt sérieux? Soupe au lait ou d’un calme olympien? Rêveur ou terre à terre? Audacieux ou peureux? Vous faites en sorte que l’attention soit dirigée sur vous ou vous préférez vous fondre à la couleur des murs? Vous savourez vos moments de solitude ou vous la fuyez? Vous adorez l’aventure ou vous plaisez dans le confort de votre foyer? Fidèle en amitié et en amour ou volage? Croyant ou athée?

            Qui êtes-vous?

            La connaissance de soi est un processus permanent, un voyage au cours duquel nous partons à la rencontre et à la découverte de cet être unique : nous-même. Pour savoir qui nous sommes et ce que nous sommes, l’introspection est nécessaire. Nous devons apprendre à nous observer, à nous étudier, à nous regarder avec honnêteté.

            Nous pouvons améliorer ou approfondir notre connaissance de soi :

* en reconnaissant nos qualités, nos défauts, nos besoins, nos attentes, nos valeurs, nos croyances, nos émotions et nos ambitions;

* en découvrant nos champs d’intérêt, nos aspirations, nos limites et nos rêves;

* en évaluant nos goûts et notre degré de satisfaction dans différents domaines de notre vie, soit sur les plans physique, affectif, intellectuel, spirituel, social, professionnel et matériel;

* en clarifiant nos contradictions ainsi que nos zones d’ombre et d’intolérance;

* en explorant nos zones de vulnérabilité chargées de souffrance passée ;

* en restant fidèles à qui nous sommes.

            Puisque rien n’est jamais acquis de façon définitive, il est important d’être et de rester à l’écoute de nous-mêmes. Tenir un journal de bord, méditer, se confier sont des moyens qui permettent de maintenir le contact avec soi-même. Nous pouvons aussi apprendre à nous connaître en portant attention aux propos que tient, à notre endroit, une personne qui nous connaît bien et en qui nous avons confiance.

            Pour développer une meilleure connaissance de soi, faites l’exercice suivant. Demandez-vous Qui suis-je ?, notez la réponse, puis relancez la question encore et encore pour avoir accès à des couches de plus en plus profondes de vous-même.

COLORER ET ENRICHIR NOTRE VIE

            Quand nous regarderons dans le rétroviseur de notre vie, au terme du grand voyage que nous aurons effectué sur cette terre, que verrons-nous défiler? Quelle route aurons-nous empruntée? Une autoroute à quatre voies sur laquelle nous aurons circulée à vive allure, si bien que nous n’aurons pu apprécier le paysage? Un chemin sur lequel nous nous serons laissé entraîner, mais qui n’était pas celui que nous avions initialement choisi? Des sentiers que nous aurons arpentés à la recherche de Dieu sait quoi? Une voie que nous aurons suivie en ayant été aux commandes de notre vie, décidant de l’itinéraire et de la destination?

            Le trajet qui nous aura conduits au bout de notre vie aura-t-il été porteur de sens? Cette raison de vivre, qui anime la plupart d’entre nous, aura-t-elle liée au fait de trouver l’amour, de fonder une famille, de voir grandir nos enfants et nos petits-enfants? Des liens privilégiés avec les membres de notre famille d’origine, élargie ou d’adoption l’auront-ils composée? Aura-t-elle été imprégnée des relations que nous aurons nourries avec nos fidèles amis et les êtres qui occupent une place spéciale dans notre cœur?

            Le sens de notre vie aura-t-il été d’ordre religieux ou spirituel? Aura-t-il témoigné d’une implication sociale, communautaire ou politique? Le bénévolat, une mission humanitaire ou le désir d’aider nos semblables l’aura-t-il inspiré? Aura-t-il vibré au rythme d’un travail qui nous aura permis de nous dépasser? Aurons-nous voulu faire avancer la science? Bâtir quelque chose qui restera quand nous ne serons plus là? Se sera-t-il manifesté par la communion avec la nature? Par la protection de l’environnement? Par l’expression artistique ou la créativité?

            La mission de chacun est unique. La façon de l’accomplir l’est aussi. Elle varie d’une personne à l’autre et dépend de notre histoire, de nos valeurs, de nos croyances. Le sens que nous donnons à notre vie nous amène à orienter celle-ci en direction de ce qui compte le plus pour nous et à poser des actions en harmonie avec ce que nous sommes profondément.

            Il arrive que la souffrance permette de découvrir un sens à notre vie ou entraîne une nouvelle lecture du sens de notre vie. Cela ne signifie évidemment pas que nous devions souffrir pour le trouver, mais la capacité de situer une épreuve dans une perspective plus large nous aide à la traverser et à s’adapter. Cela fait en sorte que l’expérience douloureuse n’envahisse pas toutes les sphères de notre existence. Le sens que nous lui attribuons émane bien souvent d’un processus qui demande un certain temps. Il n’apparaît habituellement pas tout de suite après l’événement qui a fait basculer notre vie. Nous impliquer pour soutenir une cause sociale, nous engager auprès de personnes ayant vécu une expérience semblable, fonder un groupe d’entraide, mettre sur pied une fondation, créer un mouvement de défense ou une association venant en aide à des victimes, revoir nos priorités de vie, atteindre un meilleur équilibre entre notre vie personnelle et professionnelle, prendre des moyens concrets pour prendre soin de notre santé physique et mentale constituent autant de façons de tenter de guérir des parties de soi. Cela permet de métamorphoser la souffrance.

            Qu’elle soit rattachée à une épreuve ou à notre vie dans son ensemble, cette quête de sens peut être entreprise peu importe l’âge que nous avons. Elle se poursuit en étant à l’écoute de nous-mêmes et en faisant confiance à cette petite voix qui se fait entendre à l’intérieur de nous. Cette petite voix qui nous dit qu’entre le boulot, le métro et le dodo, il existe certainement quelque chose. Quelque chose qui colore et qui enrichit notre vie.

OUI À LA GRATITUDE

            Êtes-vous de ceux et celles qui ne voient que ce qui a mal été durant la journée? Un coup de fil qui vous a mis les nerfs en boule, une remarque contrariante, une dépense imprévue, le projet de la fin de semaine qui tombe à l’eau, le patron qui vous refuse une journée de congé, un embouteillage monstre, le mauvais temps qui vous oblige à reporter l’activité que vous aviez prévue, une mésentente avec votre amoureux ou votre amoureuse… Vous êtes triste, déçu, frustré. Et c’est bien légitime. Là où le bât blesse, c’est de ressasser la tristesse, la déception ou la frustration, si bien qu’elle contamine le reste de la journée et qu’elle empêche d’apprécier les bons moments.

            Dans cette journée, il y a aussi eu une blague amusante de votre collègue de travail, un gentil compliment que vous a adressé un ami, un inconnu qui vous a salué en souriant, un merci chaleureux de votre voisine, les bras chargés, à qui vous avez ouvert la porte, votre ado qui vous a rendu service sans que vous ayez eu à le lui demander, votre tout-petit qui vous a fait un gros câlin en s’exclamant Je t’aime comme tout ce qui se peut et tout ce qui se peut pas!, votre conjoint qui vous a préparé un verre de jus d’orange bien frais…

            Que retiendrez-vous à la fin de votre journée? Que raconterez-vous en arrivant à la maison? À quoi penserez-vous lorsque vous poserez la tête sur l’oreiller?

            Peu importe ce qui est survenu durant la journée, prenons le temps de cueillir ces instants de bonheur qui nous ont fait chaud au coeur, de les apprécier. Remarquons chaque jour les choses qui nous arrivent et qui ensoleillent notre vie : la satisfaction liée à la réalisation d’une tâche ou d’un projet, la fierté d’une réussite, l’annonce d’une bonne nouvelle, la joie de rencontrer un ami, le baiser de l’être aimé, la spontanéité d’un enfant, la beauté d’un coucher de soleil, le parfum d’une fleur... Prenons le temps de nous imprégner de ces petits moments et de reconnaître ce que la vie nous offre de beau et de bon. Lorsque nous la cultivons, la gratitude oriente le regard que nous avons sur la vie. Elle suscite et nourrit les émotions agréables, telles que la joie, le plaisir, l’émerveillement et la sérénité.

            Chaque jour, je vous invite à vous entraîner à la gratitude et le soir venu, avant de vous endormir, à récolter ces moments qui vous ont mis un sourire aux lèvres, vous ont attendri ou ont gonflé votre cœur d’un sentiment de bien-être. Ce tout petit exercice, lorsqu’il est pratiqué régulièrement, est un puissant moteur de bien-être.

VITE, VITE, VITE

            La vie va vite. Vite, vite, vite, dépêche-toi pour ne pas être en retard à l’école. Vite, vite, vite, on mange une bouchée sur le pouce entre deux réunions. Vite, vite, vite, pas le temps de prendre notre pause. Vite, vite, vite, pas une minute à perdre entre nos rendez-vous. Vite, vite, vite, on prépare le souper à la course. Vite, vite, vite, on supervise les devoirs des enfants, on joue un peu avec eux et on les met au lit. Vite, vite, vite, on part une brassée de lavage et on en plie une autre pendant les annonces publicitaires de notre émission préférée. Puis, quand on réussit à s’asseoir pour souffler un peu, on cogne des clous sur la causeuse et on rate la fin de notre émission. Ouf!

            Et quand vient la fin de semaine, vite, vite, vite, place aux commissions et à tout ce qui se trouve encore sur notre liste. Si les vacances peuvent arriver, nous répétons-nous! Lorsqu’elles sont enfin là, avons-nous un horaire aussi chargé que le reste de l’année, à courir d’une activité à l’autre sous prétexte d’en profiter pleinement? Nous disons-nous que ce sera une belle occasion pour terminer toutes sortes de corvées : ménage, réparations, peinture, classement? Ou prenons-nous le temps de nous la couler douce et de laisser de la place à l’imprévu, à l’humeur du moment, aux activités ou aux visites improvisées?

            Ne comptons pas que sur les vacances pour ralentir le rythme. Développons l’habitude de nous accorder des pauses chaque jour, ne serait-ce que quelques minutes. Durant la fin de semaine, ayons rendez-vous avec nous-mêmes, une petite heure juste pour nous, à l’abri des sollicitations de toutes sortes, pour refaire le plein. Toute l’année, pour protéger notre santé physique et mentale, gardons en tête les 3 R : du temps pour être en Relation, du temps pour nous Récréer et du temps pour nous Reposer.     N’attendons pas que notre corps nous lance des SOS d’épuisement avant de prendre soin de nous. Avant de craquer, il nous envoie des signes de détresse qui perdurent : nous sentir sans cesse sous pression, être à fleur de peau sur le plan émotionnel, être extrêmement fatigués, constamment épuisés, éprouver des problèmes de concentration.

            Soyons vigilants. Ne nous faisons pas accroire que cette cadence accélérée n’est qu’une façon de s’éclater. Afin de conserver notre équilibre au quotidien et de mieux gérer les crises que nous avons à affronter, il est souhaitable de diversifier notre investissement, de ne pas focaliser sur un seul aspect de notre vie et de mettre la pédale douce par moments.

            Que pourriez-vous faire aujourd’hui, cette semaine, pour ralentir le rythme?

JUSTE MERCI!

            Invitée au chalet de son frère et de sa belle-sœur pour la fin de semaine, Lisa se rend dans une épicerie fine pour leur confectionner un panier garni de produits du terroir, qu’elle choisit avec soin en pensant à leurs préférences culinaires. Lorsqu’elle le leur remet, ils s’exclament d’une même voix : Ce n’était vraiment pas nécessaire!

            Sachant que sa grand-mère aime beaucoup l’artisanat, Charles s’arrête ici et là lors de ses voyages autour du monde pour dénicher ce petit quelque chose de spécial qui pourrait lui plaire. Les souvenirs qu’il rapporte sont tissés d’anecdotes insolites, de sourires rayonnants, d’accolades chaleureuses, ce qui a encore plus de valeur à ses yeux. Chaque fois qu’il les lui donne, elle murmure sans le regarder : T’aurais pas dû…

            Elle arrive au travail vêtue d’une jolie robe à fleurs colorée. Ses collègues la complimentent et soulignent que cela lui va bien. Marie-Élaine s’empresse de dire : C’est une vieille robe qui dormait dans le fond de ma garde-robe. En après-midi, son patron la convoque à son bureau et la félicite d’avoir mené à bien un important projet. Décontenancée, elle bredouille qu’elle n’a fait que son travail.

            C’est la fête des pères. Les enfants de Michel se sont cassé la tête pour trouver un cadeau à leur père, lui qui a tout. Ils lui ont tendu des perches lorsqu’ils lui téléphonaient, ont questionné leur mère pour savoir si, au gré de leurs conversations, il lui a glissé quelque chose à l’oreille, avaient les antennes bien aiguisées quand ils allaient magasiner ou feuilletaient des revues. Ils optent enfin pour un cadeau collectif : une fin de semaine dans une pourvoirie afin qu’il puisse s’adonner à son sport préféré. Habituellement volubile, Michel, abasourdi, reste muet devant son présent.

            Pour bien des gens, donner va de soi. Ils savent ce qui touche le cœur de leurs proches et, dans l’allégresse, ils ne manquent pas une occasion de le faire. Quand vient le temps de recevoir, que ce soit un compliment, une marque de reconnaissance ou un cadeau, le ciel s’obscurcit. La mine déconfite, ils deviennent embarrassés, protestent, marmonnent les mêmes éternelles rengaines ou sont bouche bée. La joie que ressentait la personne, qui éprouve elle aussi du bonheur à donner, se transforme en malaise.

            Peu importe si cette difficulté à recevoir appartienne à des blessures du passé, à une estime de soi chancelante, à une socialisation qui nous a appris bien plus à donner qu’à recevoir, à des croyances de toutes sortes ou qu’elle relève d’autres raisons conscientes ou inconscientes, sourions et disons juste merci quand quelqu’un nous offre quelque chose.

À QUOI BON AJOUTER DE LA SOUFFRANCE

            Elle a 64 ans. Et me lance : « Je ne sais pas qui je suis. Ce que j’aime, ce que je n’aime pas. Je suis incapable de dire ce que je pense, ce que je veux vraiment. C’est pas drôle à mon âge! Et il est maintenant trop tard pour changer ».

            Il a 41 ans. Il se rappelle, avec beaucoup d’émotions, l’indifférence de son père, les critiques de sa mère, les railleries de ses camarades de classe. Et il s’en veut de ressentir, après toutes ces années, des émotions douloureuses lorsque ces souvenirs refont surface ou lorsqu’il parle de ces épisodes de sa vie qui l’ont marqué.

            « Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir, me confiera cet autre, et ça me fait terriblement peur. Qu’arrivera-t-il à mes enfants? Est-ce que j’aurai assez d’argent pour vivre décemment lorsque je serai à la retraite? Quelle maladie me guette? »

            « Les autres n’ont pas tous les problèmes que j’ai, m’explique cette cliente. Pourquoi suis-je prise avec ça? Comment se fait-il que je doive subir tout ça? Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça? »

            Ces personnes viennent de milieux différents, ont eu une éducation différente, portent des bagages différents. Qu’ont-elles en commun? Toutes souffrent. Que leur souffrance trouve sa source dans le présent, le passé ou le futur appréhendé, elle les empêche de profiter pleinement de la vie. Ces personnes ont aussi en commun d’ajouter de la souffrance par-dessus leur souffrance. En se trouvant trop vieille pour changer, en refusant d’accueillir les émotions douloureuses, en élaborant des scénarios qui engendrent de l’anxiété, en se comparant aux autres et en se questionnant sans cesse, elles alourdissent le poids de leur souffrance. Et cet excédent de poids est en option.

            La souffrance fait partie du voyage. Jeune ou vieux, elle croisera notre route tôt ou tard. Certains ont le bonheur plus facile, mais personne n’est à l’abri de la douleur physique ou morale. Nous pouvons toutefois apprendre à mieux composer avec celle-ci, en cessant d’ajouter des étiquettes négatives à ce que nous vivons, de lutter avec ce que nous pensons et ressentons, d’imaginer des histoires dramatiques, de faire des comparaisons qui mènent nulle part, de nous poser d’interminables questions sans réponse.

            N’ajoutons pas de souffrance à notre souffrance. Accueillons-la telle quelle est, non pas comme notre tête nous dit qu’elle est. Faisons ce qui est en notre pouvoir pour l’alléger, mais ne l’alimentons pas par un discours intérieur qui nous blâme et nous accable et par des stratégies d’évitement qui nous empêche de poser des actions en direction de ce qui est important pour nous.

COMMUNIQUER : BIEN PLUS QUE DU BLABLA

            Certains parlent plus que d’autres. Ils ont toujours des choses à dire ou à raconter. Leurs anecdotes sont savoureuses, croustillantes, amusantes. On leur reproche, parfois, de prendre beaucoup de place, trop de place. D’autres préfèrent écouter, prennent le temps de le faire. Ils sont un bon public pour les personnes qui ont la parole facile, les envient parfois. Que nous soyons émetteur ou récepteur, nous avons un rôle important à jouer afin que la communication se passe bien.

            En tant qu’émetteur, demandons-nous quelle est notre intention, c’est-à-dire précisons ce que nous voulons dire ou obtenir afin d’être en mesure de l’exprimer clairement à l’autre de sorte qu’il n’ait pas à lire entre les lignes. Même si nous aimons parler, évitons les longs monologues et ne nous éparpillons pas en sautant du coq à l’âne  pour ne pas perdre l’attention de l’autre. Ne mettons pas tout dans le même panier en faisant des généralisations et en utilisant des toujours, jamais, chaque fois, qui risquent de mettre la personne avec qui nous nous entretenons sur la défensive. Mettons-nous plutôt à sa place et demandons-nous comment elle se sentira ou réagira face à nos propos. De cette façon, nous nous abstiendrons de jugements, ne l’affublerons pas d’étiquettes, ne lui ferons pas la morale et ne lui adresserons pas de remarques désobligeantes.

            Apprenons à nous exprimer de façon constructive et non accusatrice. Afin de ne pas blâmer l’autre, il est suggéré de parler à la première personne. Ainsi, nous pouvons dire: Je suis déçu que tu n’acceptes pas de m’accompagner au cinéma, plutôt que: Tu me fais de la peine en refusant mon invitation. Faisons attention afin de ne pas déguiser le message au « je » en nous servant du « je » pour critiquer l’autre. Je te trouve blessant est un exemple « d’un faux je » qui peut susciter une attitude défensive chez l’autre. Il serait préférable de dire quelque chose comme : Je suis blessé par tes paroles. Rappelons-nous que le message en « je » comporte cependant des risques lorsque la relation n’est pas égalitaire.

            Quand nous sommes dans la position de récepteur, laissons l’autre exprimer sa pensée jusqu’au bout, sans l’interrompre. Démontrons-lui notre intérêt en lui posant des questions : Comment tu vois ça? Comment tu te sens? Qu’est-ce que tu veux?  Encourageons-le à parler en lui disant, par exemple : Je t’écoute. Continue. Ne pensons pas à ce que nous avons l’intention de lui répondre, consacrons-lui toute notre attention. Regardons-le, ne faisons pas autre chose lorsqu’il s’adresse à nous et évitons les distractions.

            Plutôt que de jouer aux devinettes ou de faire des suppositions, nous avons tout intérêt, que nous soyons émetteur ou récepteur, de demander du feed-back à l’autre et de ne pas sauter aux conclusions sans vérification. Pour nous assurer d’avoir bien compris le message qui nous a été transmis, nous pouvons le reformuler : Si j’ai bien compris, tu veux dire... Prenons aussi l’habitude de vérifier si notre interlocuteur a bien saisi l’essentiel de nos propos : Peux-tu me résumer ce que tu as compris?

                  Lorsque nous échangeons des points de vue et que nous sommes d’accord avec l’autre, faisons-lui en part honnêtement. Quand l’inverse se produit, reconnaissons que son point de vue est important à ses yeux et qu’il a du sens pour lui. Ne cherchons pas à le convaincre coûte que coûte.

                  Puisque la majeure partie des messages que nous transmettons se fait sur le mode non verbal et que ce type de communication influence considérablement l’ensemble de nos échanges, il est capital de tenir compte de ce qui ne se dit pas lorsque nous communiquons.  Ainsi, tenons compte du ton de notre voix, de nos expressions faciales, de notre posture, de nos gestes et de ceux de la personne avec qui nous nous trouvons. Ces signes non verbaux sont révélateurs. Ils peuvent renforcer, compléter, nuancer ou même contredire le message verbal.

                  La communication est la pierre angulaire de nos relations. Elle les colore, les enrichisse, mais peut aussi les fragiliser. À nous d’en développer les habiletés. 

SOYONS COOL AVEC L’ANXIÉTÉ

            Dérangeante, direz-vous? Certainement. Inconfortable? Oh que oui! Insupportable, grave, dangereuse? Ah ça non, par exemple. Le danger, c’est quand nous laissons l’anxiété être aux commandes de notre vie. Alors là, nous pouvons passer à côté de beaucoup de choses et rester coincés dans une lutte pour tenter de nous en débarrasser. Cette lutte engendre plus de problèmes que l’anxiété elle-même. Elle nous amène à consacrer beaucoup de temps et d’énergie à essayer de contrôler ce que nous ne pouvons manifestement pas contrôler, c’est-à-dire nos pensées, nos émotions, nos sensations physiques.

            Essayer de ne pas penser à quelque chose ou de ne pas ressentir quelque chose ne fonctionne pas, du moins à long terme. Cela crée même l’effet inverse. Plusieurs personnes adoptent pourtant toutes sortes de stratégies pour éviter de ressentir l’inconfort de l’anxiété. Certains la fuiront dans l’alcool, la drogue, les médicaments, la bouffe, le sommeil, le travail excessif. D’autres s’isoleront, se replieront sur eux-mêmes, se retireront. D’autres encore seront là, sans y être vraiment, ne parleront pas, refuseront des invitations ou quitteront les lieux plus tôt, submergés par leurs pensées ou leur malaise intérieur.

            Nous pouvons choisir quelles émissions de télé nous voulons regarder, mais nous ne pouvons en faire autant quand il est question de ce qui se passe sur notre écran intérieur. Nous pouvons toutefois choisir de ne pas centrer notre attention sur les pensées, les émotions et les sensations physiques rattachées à l’anxiété, et de ne pas les nourrir. De ne pas nous y accrocher. D’observer simplement leur présence. J’entends certains qui diront : « Bien plus facile à dire qu’à faire! ». Certes. Il s’agit, ici encore, d’un entraînement par lequel nous en arrivons à prendre de la distance par rapport à ce que notre tête nous raconte et à ne pas prendre nos pensées pour des faits.

            Agissons sur les choses sur lesquelles nous avons du contrôle, réglons les problèmes que nous pouvons régler, réduisons et éliminons les stresseurs sur lesquels nous avons prise, mais approchons la situation différemment lorsque l’anxiété se manifeste. N’attendons pas de ne plus la ressentir pour agir en direction de ce qui est important pour nous.

            Nous ne sommes évidemment pas obligés d’aimer l’anxiété, ni même de l’apprécier, mais nous pouvons apprendre à vivre avec celle-ci sans qu’elle prenne toute la place, qu’elle contamine notre quotidien et qu’elle nous empêche d’aller de l’avant avec notre vie. Et si nous la considérions comme une compagne, déplaisante par moments, à qui nous ne laisserions pas le pouvoir de gâcher le voyage?

VOYAGER PLUS LÉGER

            Quand vous partez en voyage, que ce soit pour quelques jours à trois heures de chez vous ou pour un mois à l’autre bout du monde, est-ce que vous voyagez léger? Est-ce que vous apportez beaucoup de choses au cas où…? Est-ce que vous angoissez à l’idée d’oublier un petit quelque chose?

            Rendu dans l’auto ou dans l’avion, est-ce que vous vous tracassez? "Ai-je bien éteint toutes les lumières? Et les ronds de la cuisinière? Verrouillé les portes? Celle du garage aussi? Le voisin viendra-t-il, comme convenu, chercher le courrier et arroser les plantes? Est-ce que la nourriture sera bonne? La chambre d’hôtel confortable? S’il fallait qu’il y ait des punaises de lit… Ou que je perde mon portefeuille. Et la température? J’espère au moins qu’il ne pleuvra pas."

            Arrivé à destination, faites-vous preuve d’ouverture à l’endroit des gens que vous rencontrez? Ou vous méfiez-vous d’eux, craignant de vous faire avoir lorsqu’ils s’adressent à vous. Plutôt que de prendre à la légère certaines situations, vous fâchez-vous, répondez-vous avec arrogance ou affichez-vous à outrance de la fermeture. Cette hypervigilance réduira sans doute un certain nombre d’inconforts, mais ce genre d’attitude risque aussi de vous priver de rencontres qui auraient pu être intéressantes et de découvertes de toutes sortes.

            Dans le long voyage qu’est notre vie, est-ce que nous traînons dans nos bagages des choses qui appartiennent au passé et qui continuent de peser lourd? De mauvais plis qui nous empêchent de prendre notre envol? Des croyances qui freinent notre créativité et notre élan? Des regrets profonds? Un lot de culpabilité? De vieilles rancunes? Y a-t-il dans notre sac à dos un futur que nous appréhendons? Des peurs qui nous gâchent l’existence? Des Je n’y arriverai jamais. Des personne ne voudra de moi? Des non que nous n’osons dire? Des je ne suis pas capable?          

            Ne serait-il pas temps de faire l’inventaire de ce que nous transportons et de déposer l’excédent de bagages.